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FAT/SAT pharma : tenir les jalons GMP en Suisse

1 mai 2026Tai Van
FATSATPharmaGMPValidationSuisse romande

FAT/SAT pharma : guide pratique pour tenir les jalons GMP en Suisse

La mise en service d'une nouvelle ligne pharmaceutique en Suisse passe par deux jalons critiques : le Factory Acceptance Test (FAT) chez le constructeur OEM, et le Site Acceptance Test (SAT) sur le site client. Mal préparés, ces deux moments font dériver le projet de plusieurs mois et coûtent cher en pénalités, en retard de mise sur le marché et en stress des équipes. Bien préparés, ils sont au contraire l'occasion de stabiliser une ligne avant qu'elle ne touche la production.

Cet article rassemble ce que nous avons appris en plus de 10 ans de mise en service automation pharma sur des sites comme Merck Serono à Corsier-sur-Vevey, Takeda fill & finish, Lonza et plusieurs acteurs basés à Bâle. Il s'adresse aux chefs de projet, ingénieurs validation, responsables de site et automaticiens qui préparent ou subissent un FAT/SAT en environnement GMP.

La différence FAT / SAT, et pourquoi elle compte

Factory Acceptance Test (FAT). Test réalisé chez le constructeur OEM avant expédition de l'équipement. Le client (l'industriel pharma) se déplace chez le fournisseur pour vérifier que la machine correspond aux spécifications fonctionnelles et techniques (URS, FDS, HDS). C'est le dernier point où on peut demander des modifications majeures sans surcoût massif.

Site Acceptance Test (SAT). Test réalisé sur le site final après installation, raccordement aux utilités (eau, vapeur, air, électricité, réseau OT) et intégration avec les systèmes adjacents (SCADA, MES, qualité). Le SAT vérifie que la machine fonctionne dans son environnement réel.

Ces deux étapes alimentent ensuite l'Installation Qualification (IQ), l'Operational Qualification (OQ) et la Performance Qualification (PQ) qui constituent le dossier de validation GMP.

La séquence est donc : URS → FDS → HDS → FAT → expédition → SAT → IQ → OQ → PQ → routine.

Les trois plans de réussite d'un FAT

1. Préparer la documentation en amont, pas pendant

Sur les FAT qui dérapent, la cause numéro 1 que nous voyons est presque toujours la même : la documentation arrive en même temps que le test, voire après. Les protocoles FAT, les check-lists, les jeux de données de test, les preuves objectives à collecter — tout cela doit être rédigé, revu et approuvé par la qualité avant que le test commence.

Concrètement :

  • Le protocole FAT couvre toutes les exigences URS et FDS, traçabilité ligne par ligne.
  • Les jeux de données de test couvrent les cas nominaux ET les cas dégradés (alarmes, batch interrompu, redémarrage, panne capteur).
  • Les check-lists précisent qui signe quoi, et avec quelle preuve (capture écran, mesure instrument, rapport machine).

Si vous arrivez chez le constructeur sans ces documents validés, vous allez improviser. Et improviser en pharma, c'est rejeter le FAT en interne ou rouvrir des écarts en GMP plus tard.

2. Anticiper les écarts

Dans 100 % des FAT que nous avons supervisés, il y a des écarts. C'est normal. La question n'est pas "est-ce qu'il va y avoir des écarts" mais "comment on les gère".

Bonne pratique : avoir un registre d'écarts pré-imprimé (ou plus moderne, dans un outil type Kneat ou Veeva Vault) avec colonnes : numéro, description, criticité (mineure / majeure / critique), action requise, responsable, échéance. Chaque écart doit être adressé avant le SAT — sinon il revient en cascade plus tard.

Critères de bloquant FAT (ce qui doit être résolu avant expédition) :

  • Tout écart sécurité fonctionnelle (SIL, ESD, PPE).
  • Tout écart impactant la conformité GMP (data integrity, audit trail, accès utilisateur).
  • Tout écart sur les fonctions critiques métier (recette batch, traçabilité matière, sérialisation).

Les écarts mineurs (cosmétiques HMI, libellés, légers ajustements) peuvent être traités au SAT sans bloquer l'expédition.

3. Déléguer à un automaticien qui a déjà vu ça

Le FAT est un moment où la coordination entre l'équipe automation OEM, l'équipe automation client, le validation, la qualité et l'ingénierie procédé doit être fluide. Si votre équipe interne n'a jamais piloté de FAT, vous allez perdre du temps à apprendre sur place.

C'est typiquement là que sous-traiter à un automaticien senior expérimenté sur des FAT pharma similaires fait la différence. Pas pour remplacer votre équipe — pour la guider, prendre la responsabilité technique du test et arbitrer en temps réel les compromis schedule / qualité / coût.

> Chez [Vanguard Systems](/), nous prenons régulièrement le rôle de chef de projet automation côté client lors de FAT pharma en Europe. Notre approche [renfort projet et bureau d'études](/services) couvre exactement ce besoin.

Les trois plans de réussite d'un SAT

1. Vérifier la liste des prérequis site

Le SAT échoue souvent pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la machine : utilités pas raccordées, réseau OT mal configuré, certificats SSL manquants, comptes utilisateurs non créés, accès SCADA central pas ouvert, intégration MES pas testée.

Check-list prérequis SAT à valider 2 semaines avant l'arrivée du fournisseur sur site :

  • Utilités process (eau process, WFI, vapeur pure, air comprimé classe ISO) raccordées et qualifiées.
  • Utilités énergie (électricité, courants forts/faibles, fibres optiques) tirées et testées.
  • Réseau OT segmenté selon IEC 62443, VLANs créés, ACL en place.
  • Comptes Active Directory créés avec rôles/permissions selon la politique site.
  • Certificats serveur émis (pour OPC UA sécurisé, web HMI, etc.).
  • Accès SCADA central et MES validés en lecture/écriture sur les tags concernés.
  • Procédures de change control connues du fournisseur (sinon il intervient en non conforme).

Si l'un de ces prérequis n'est pas en place le jour où le fournisseur arrive, vous payez une mobilisation pour rien. Et le planning glisse.

2. Tester en conditions de production réelles, pas idéales

Le piège classique : on teste avec un seul opérateur expérimenté, sans charge, avec des paramètres optimaux. Tout marche parfaitement. Puis on passe en routine, et on découvre que la ligne n'est pas robuste à un opérateur qui se trompe, à une matière première qui dérive un peu, à un pic de charge en fin de mois.

Les SAT bien faits intègrent :

  • Tests avec opérateurs de production (pas seulement les ingénieurs).
  • Tests avec matières premières réelles (pas des placebos).
  • Tests sur plusieurs équipes (matin, après-midi, nuit).
  • Tests sur plusieurs jours pour capter la dérive et les modes de défaillance lents.
  • Tests des modes dégradés (panne capteur, perte communication, redémarrage après coupure).

C'est plus long, mais ça révèle les vrais problèmes avant que la ligne entre en production GMP. Une fois en routine, chaque incident est une déviation à documenter et à analyser — autant le faire en SAT où c'est encore "normal".

3. Préparer la passation aux équipes opérationnelles

Le SAT n'est pas qu'un test technique, c'est aussi le moment où votre équipe production, maintenance et qualité prend possession de la ligne. Si la passation est mal faite, vous allez voir le fournisseur revenir tous les 15 jours pour des questions qui auraient pu être traitées en formation initiale.

Les livrables de passation côté automation incluent :

  • Documentation utilisateur : guide opérateur, guide maintenance, procédures de redémarrage.
  • Runbooks d'incident : que faire si tel capteur tombe, si telle communication est perdue, si tel batch est rejeté.
  • Code source PLC/SCADA versionné dans votre repository (Versiondog, Git, ou autre selon votre standard) avec accès lecture pour vos équipes.
  • Schémas réseau OT à jour, avec adresses IP, mots de passe (en coffre-fort), accès distants.
  • Liste des points de contact OEM en cas de besoin support post-livraison.
  • Formation initiale des opérateurs et techniciens, idéalement en deux sessions séparées de 2-3 semaines.

Les pièges spécifiques à la Suisse

Sur les sites pharma suisses, deux particularités méritent attention.

Première particularité : la double exigence GAMP5 + Swissmedic. Selon le marché visé (UE, US, Suisse, autres), votre dossier de validation doit satisfaire des autorités différentes. Beaucoup de sites suisses produisent pour plusieurs marchés simultanément, donc le FAT/SAT doit produire une documentation acceptable par plusieurs référentiels : Swissmedic pour le marché suisse, EMA pour l'UE, FDA pour les US.

En pratique cela veut dire : audit trail conforme 21 CFR Part 11 systématique, documentation versionnée selon GAMP5, traçabilité des décisions et des écarts irréprochable. C'est un peu plus de travail, mais c'est ce qui permet d'éviter qu'une inspection FDA bloque une exportation US sur un site suisse.

Deuxième particularité : la coordination avec le corporate basé à l'étranger. Beaucoup de sites pharma en Suisse romande dépendent d'une maison mère basée en Allemagne, aux US ou en Asie. Les politiques de sécurité IT, les standards d'architecture, les outils de validation (Kneat, Veeva, Trackwise) sont définis par le corporate.

Il faut donc aligner le FAT/SAT avec les standards corporate dès la phase URS. Sinon vous découvrez tard que tel outil n'est pas approuvé, telle architecture réseau n'est pas conforme, telle convention de nommage ne passe pas. Et là, retour à la case spec.

Combien de temps prévoir ?

Sur la base de notre retour d'expérience pharma suisse :

  • FAT : 1 à 2 semaines sur site fournisseur pour une machine de complexité moyenne, 3 à 4 semaines pour une ligne complète fill & finish ou packaging sérialisée.
  • SAT : 2 à 4 semaines sur site client, dont la moitié pour les prérequis et l'intégration, l'autre moitié pour les tests fonctionnels.
  • IQ + OQ : 3 à 6 semaines après SAT, en parallèle des dernières mises au point.
  • PQ : 4 à 8 semaines en conditions de production réelles avec lots de validation.

Soit un total de 3 à 6 mois entre l'arrivée de la machine et la routine GMP, selon la complexité. Toute promesse plus rapide doit être challengée — sauf machine simple et site déjà rodé sur ce type d'équipement.

Conclusion

Le FAT et le SAT ne sont pas des formalités. Ils définissent la qualité réelle de la mise en service et conditionnent toute la suite : qualification, validation, mise en routine, audits. Un FAT/SAT bien préparé fait gagner des mois sur la suite. Un FAT/SAT improvisé fait perdre des trimestres.

Trois principes à retenir :

1. Préparer la documentation en amont, pas pendant le test. 2. Tester en conditions réelles, pas idéales. 3. Déléguer la coordination technique à quelqu'un qui a déjà piloté ce type de chantier en environnement pharma.

> Vanguard Systems intervient régulièrement comme partenaire FAT/SAT pour des intégrateurs et industriels pharma en Suisse romande et région bâloise. Pour discuter d'un chantier en cours, [contactez-nous](/contact). Pour voir des exemples de mises en service livrées, voir nos [références](/references) et notre [secteur pharma](/secteurs/pharma).